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La princesse potentielle de la semaine s’appelle Karine. Elle est charmante, évidemment. Belle. Intelligente, ou présumée telle puisque brune. Drôle, aussi. Juste un peu molle, bon... mais jusque là, rien de grave.
Hélas, sous cette enveloppe qu’on affranchirait volontiers (et même au tarif prioritaire), se cache un monceau d’angoisses, que la belle soigne aux Xanax, Vallium et autres pilules anxiolytiques, somnifériques et anti-dépresseurismatiques. A la moindre contrariété, hop, une petite pilule... d’où sans doute sa relative mollesse... mais surtout, son incapacité à veiller au-delà de l’heure où se couchent les poules. Pour peu qu’on fasse un banquet un peu arrosé, l’effet est radical, en cinq minutes la belle s’écroule au milieu des miettes des hors d’œuvres et des bouteilles à peine entamées. Tu parles de soirées festives.
Ca m’a rappelé l’histoire de Cunégonde (c'est-à-dire, la belle au bois dormant, je le précise parce que souvent la légende oublie de la nommer).
Sacré aventure, ça, tiens. Boulot facile : j’avais eu l’annonce par l’ANPD (l’Agence Nationale des Princes Désoeuvrés). La belle dormait, il suffisait d’aller dans son château au milieu des bois qui s’ouvriraient pour moi, et de l’embrasser pour qu’elle se réveille.
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Rêve... |
L’annonce précisait que la princesse avait 16 ans, qu’elle était vierge, qu’elle n’avait pas de vices ou de sorts cachés qui soient connus. Au contraire, elle avait fait l’objet de bons sorts jetés par des fées certifiées autour de son berceau. Il y avait un beau château à la clé, toute sa suite qui dormait avec elle, et le contrat prévoyait même qu'elle se réveillerait avec sa petite chienne Pouffe qui lui tiendrait compagnie pendant les absences de son prince. Bon plan.
J’ai donc réveillé la princesse d’un beau baiser. Première déception : elle avait sale haleine. Remarque, je m’en suis douté dès que je suis entré dans la pièce : cent ans que ça n’avait pas été aéré, ça sentait un peu le dragon. Elle m’a dit une parole historique (c’est d’usage dans les grands moments, un peu comme a fait Armstrong en posant le pied sur la Lune) : « vous vous êtes bien fait attendre ». C’était fort drôle et ça a crevé la glace. On a bien ri, et puis quand même, je lui ai dit d’aller se brosser les dents.
Mais ensuite, j’ai rapidement déchanté.
Une princesse qui a dormi cent ans, forcément ce n’est plus très à niveau. Elle s’exprimait avec des mots qui n’existaient déjà même plus dans les dictionnaires de mon enfance. Elle avait un humour de son époque, que personne ne comprenait plus : mes amis étaient très gênés à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche (et pourtant, je lui avais donné une de ces petites brosses à dent portables qu’on peut emporter partout, même en soirée).
Et puis, on la déplaçait en fauteuil roulant. Les toubibs et les sorciers prévoyaient quinze à vingt ans de rééducation. Forcément, cent ans sans marcher, le corps s’en souvient. Autre petite contrariété physique : sa maladie de Parkinson. Pratique pour le brossage des dents, il suffisait de lui coincer la brosse entre les doigts et de placer la main devant la bouche, et hop ça se faisait tout seul... mais au quotidien, pas facile à vivre pour une fille de seize ans. Enfin, cent seize ans, pardon.
Ensuite, il a fallu tout lui expliquer : le téléphone portable, le micro-ondes, le passage à l’euro, la fonction décorative de la reine d’Angleterre... le pire c’est qu’avec son Alzheimer, cinq minutes après elle avait tout oublié.
Non, vraiment, ça n’avait rien d’idyllique. On l’a placée en maison de retraite. Elle est sous Xanax.
Pour ceux que ça intéresse, l’histoire complète est relatée là - un peu romancée, bien sûr, mais c’est le défaut de Perrault, le chroniqueur mondain de l’époque : il en rajoutait toujours un peu, je le lui ai dit mille fois. Aujourd’hui il écrit dans Voici, je crois.
Enfin, en tout cas, la princesse potentielle de la semaine a donc raté sa potentialité. Dès que je me suis aperçu qu’elle me rappelait Cunégonde, j’ai pris mes jambes à mon cou. Je l'ai laissée la tête dans sa salade de chèvre chaud refroidi, et son apéritif qu'elle n'avait même pas fini de boire.
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...et réalité |
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Le pire c’est qu’elle ne s’est même pas aperçue que je la quittais : elle dormait. J’ai la triste impression qu’elle ne conservera de notre histoire qu’un vague souvenir embrumé dans sa perpétuelle somnolence. Et si ça se trouve, elle va même s’imaginer que ce n’était qu’un rêve.
Enfin. Si au moins ça m’a permis d’être le rêve d’une jeune fille, on progresse.
Allez. Gardons espoir.
Et que l'on croie en ces crapauds qui croassent en leurs appeaux.
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Bonsoir, Prince Charmant !
Je suis toute intimidée de m'adresser aussi facilement à un vrai PC...
Je découvre ton merveilleux journal ce soir (mais où avais-je donc la tête avant ?), et... j'adore ! Les princesses et leurs doux princes revisités au 21ème siècle, c'est étonnant !
Je crois que je vais pas mal balader mes longues papattes de Girafe Maquisarde dans ton royaume.