Partager l'article ! Point n'ai occi le dragon: Ben non. J’ai pas réussi. L’affaire &eac ...
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Ben non. J’ai pas réussi. L’affaire était pourtant simple : nous autres, princes charmants, avons l’habitude de chasser les dragons.
C'est d'ailleurs conté dans toute bonne légende qui se respecte. On trouve des icônes, des statues qui en attestent.
Evidemment, c'est assez physique, mais enfin c'est un coup à prendre, et puis tout de même, on est des princes, on n'est pas là pour chasser les araignées (ou à la rigueur, les grosses velues qui font peur aux filles). |
Ça se perd un peu, car aujourd’hui les maisons sont globalement mieux entretenues qu’à notre grande époque. Bien sûr dans les taudis sordides de la populace il arrive parfois que l’on doive dératiser ou traiter contre les cafards... ou bien, qu’un ramoneur déloge quelque chauve souris. Mais enfin, globalement, on n’est quand même plus guère dérangé chez soi par les bestioles.
Pourtant de temps en temps, dans un grand château mal chauffé et difficile à entretenir, on peut encore avoir à dédragonner. Et dans ce cas, le personnel le plus qualifié, on le trouve non pas chez les pompiers, mais chez les spécialistes : les princes, évidemment. Un pompier, ça fait son malin quand il s’agit d’aller déloger un essaim d’abeilles ou de faire le beau au bal du 14 juillet devant les délurées, mais en face d’un dragon, bref dans une vraie épreuve d’homme, là ça perd un peu ses moyens ! Il faut le voir s’agiter, le bellâtre, avec sa lance à incendie en appelant des renforts face au naseau qui crache des flammes : c’est pathétique.
Bref. Je m’égare. A l’ANPD (l’Agence Nationale des Princes Désoeuvrés... dîtes donc, suivez un peu je ne vais pas vous le ré expliquer à chaque fois) hier matin comme tous les matins, je cherchais une annonce de princesse à délivrer. Bon, c’était pas gagné, il n’y en a pas tous les jours, on est nombreux à les guetter, et en plus je m’étais levé trop tard, je le savais bien : si par hasard il y avait eu une annonce au petit jour, à l’heure à laquelle je suis arrivé devant le panneau d’affichage la princesse était probablement délivrée depuis longtemps, en route pour vivre heureuse, et même sans doute déjà enceinte du premier de ses nombreux enfants.
A potron-minet passé d’à peine une demi journée, donc, l’agence était quasi déserte, et sur le panneau il n’y avait plus qu’une annonce : « Dragon à chasser, forte récompense », avec juste une adresse. Je me suis dépêché de décrocher l’annonce avant que Saint-Michel ou Siegfried n’arrivent. Pour Siegfried, en principe c’est facile, il débarque toujours très tard : il faut qu’il recolle son épée, et comme il fait toujours ça à l’arrache, ça ne tient jamais. Mais pour l’autre, je me méfie, ces sacrés Saints ils ont une vie plutôt saine, ils ne se couchent jamais très tard et ils n’abusent jamais de rien, aussi il n’est pas rare qu’ils nous grillent. Et en plus comme ils sont toujours en quête d’un bon coup à faire pour faire le bien, ils refusent les récompenses... du coup, sur le marché ça casse les prix, et nous qui en vivons, nous avons beaucoup de mal à nous en sortir. Pour eux, évidemment c’est facile de se la jouer altruiste : ils n’ont pas de problème pour faire bouillir la marmite vu qu’ils touchent des droits d’auteur sur tout un tas de textes sacrés dans lesquels ils apparaissent, ou de bondieuseries qui les représentent. Sans parler de la gloire. Et de la satisfaction d’avoir qui des villes, qui des rues, qui des églises qui portent leurs noms... ah, il faudra quand même que je songe à passer le concours pour devenir Saint. C’est la sécurité de l’emploi, et plein de facilités notamment auprès des banques. Mais bon. Je m’égare encore.
J’arrive donc sur les lieux pour occire ledit dragon caché dans un coin d’un chemin de ronde, lorsque je remarque un attroupement sous le rempart, et moult caméras qui s’avançaient vers moi. Me réjouissant qu’on s’intéresse enfin un peu à notre travail, je réajuste le col de mon armure, et tire un peu sur la cotte de maille (il faut se méfier, ça fait facilement ressortir la bedaine), m’apprêtant à entrer en action, lorsqu’un bataillon d’écologistes me tombe dessus, pancartes en main, en beuglant « mort à l’assassin ».
Je m’arrête, interloqué. L’un d’eux m’explique que je n’ai pas le droit de tuer les dragons, sinon bientôt ça fera comme les dodos, il n’y en aura plus. Je rétorque que je n’ai jamais tué de dodos, d’autant plus que je considère que le sommeil est sacré, mais une vieille rombière me coupe la parole, m’exhortant à m’expliquer sur la disparition des licornes. Patient, je tente de lui faire comprendre que les licornes n’ont jamais existé (ce que les gens sont naïfs, tout de même...) alors que les dragons sont un fléau avéré. Et c’est à ce moment-là qu’un second groupe vient prendre à parti le premier. J’y reconnais José Bové, criant dans un porte-voix qu’un animal capable de cracher du feu est forcément un organisme génétiquement modifié et qu’il faut absolument le détruire, avant que son aptitude ne se propage à d’autres espèces et que l’on risque de voir apparaître des poules pyromanes ou des moutons incendiaires. Un de ses acolytes, muni d’un lance-flammes, s’élance d’ailleurs sur le rempart pour tenter d’éradiquer définitivement le monstre, mais un écologiste réussit à l’en dissuader, arguant qu’à le voir ainsi bondissant et crachant des flammes, le dragon risquerait de le confondre avec un congénère, ce qui peut s’avérer dangereux en ces périodes de chaleur de la fin d’été. L’autre redescend en faisant bien attention à garder le dos contre la paroi.
Des chasseurs débarquent alors, fusils en bandoulière. Mon problème les interpelle car ils veulent défendre le droit de chasse. Ils sont décidés à expliquer leur point de vue à qui veut l’entendre, mais comme personne n’y est disposé, l’explication tourne rapidement à la foire d’empoigne.
Les caméras de télévision se mettent en route pour ne rien perdre des échanges. C’est alors que débarque d’un hélicoptère un petit teigneux très excité, flanqué de quatre gardes du corps, qui vient sautiller devant les caméras en nous expliquant qu’il va mettre tout le monde d’accord, puisque si la bestiole ne présente pas de papiers en règle, il va l’expulser, dragon ou pas. Une compagnie de CRS se présente aussitôt et s’apprête à donner l’assaut.
On m’écarte. Je m’insurge mais on m’explique que l’affaire a pris un tour trop politique désormais pour que je puisse y jouer un rôle signifiant, et d’ailleurs vos papiers s’il vous plaît. Je n’insiste pas et je rentre chez moi, penaud. Et voilà comment s'achève l'histoire, je ne sais même pas ce qu'il est advenu du dragon, les médias ont oublié d'en parler.
Tiens, ce matin, j’ai reçu un coup de fil de Siegfried. Il en avait assez du chômage technique et s’est reconverti. Maintenant, il est pompier. On n'a pas eu le temps de parler beaucoup, il a dû raccrocher parce qu’on l’appelait pour un essaim d’abeilles. Il se sentait enfin utile. Il avait presque l'air heureux. J’avoue qu’un instant, je l’ai envié.
Mais allez. Gardons espoir.
Et que l'on croie en ces crapauds qui croassent en leurs appeaux.
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Et hop ! un link de mieux !
Ardente : merci ! Hélas, je ne sais pas faire court. Il est des circonstances où l'on me loue pour cette caractéristique-là ! Bon, mais effectivement ici en pleine Zapettie, c'est peut-être un peu déplacé. J'essaierai d'être plus consommable la prochaine fois (mais je ne garantis rien !)
Merci de vos visites en tout cas !
Bises!
Sarah