Vendredi 23 septembre 2005 5 23 /09 /Sep /2005 00:00

Vous avez forcément remarqué : il est toujours question de jeunes et belles princesses charmantes, ou bien de vieilles reines méchantes. Mais jamais de vieilles princesses charmantes, ou de vieilles gentilles reines. Pourquoi ce mystère ? Levons le voile sur ces étranges disparités.

  

L'imagerie exagère

L'imagerie donne souvent une image trop idéale et bien trompeuse de la princesse. Rien qu'ici : la licorne, ça n'existe pas. Et les auréoles en général sont plus bas.

 

En ce qui concerne les vieilles reines charmantes, là c’est simple : on n’en parle pas parce que ça n’intéresse pas les journaux. Les gens heureux sont sans histoires, donc les vieilles reines gentilles qui ne défrayent pas les chroniques, ne confessent pas de galipettes extraconjugales, ne se perdent pas dans l’alcoolisme ou ne se font pas faire de liftings sombrent rapidement dans l’oubli (et sans doute aussi dans l’ennui, mais ça c’est leur problème).

 

En ce qui concerne les vieilles princesses pas charmantes, là on peut aisément avancer qu’il s’agit de vieilles filles aigries qui n’ont pas réussi à se caser parce que l’épreuve imposée aux princes pour aller les délivrer était trop difficile. C’est le problème des rois trop gourmands, qui fixent des objectifs trop élevés au départ : leurs filles subissent les effets de l’inflation. Elles prennent une cote d’autant plus forte que l’épreuve pour les atteindre est difficile, jusqu’à ce qu’un jour, à force d’être inaccessibles, elles lassent tous les princes potentiels, et que leurs cours s’effondrent brutalement, plus personne n’ayant envie d’aller miser un copeck sur leur libération.

Elles deviennent alors de sombres rombières, qui croupissent dans des cachots souvent bien sordides... des conditions difficiles, puisque prévues au départ pour être précaires. La plupart disparaissent de pneumonies, de lèpres, ou de maladies encore moins enviables. Les autres, délivrées à la mort de leur père, héritent d’un royaume en faillite qu’elles doivent revendre à de grands groupes pour éponger leurs dettes, et achèvent leur pitoyable existence dans la misère la plus noire, les dents pourries sans mutuelle pour leurs frais dentaires, à manger de la soupe aux choux sans lard et sans choux.

 

 

Bon, mais vous me direz : et les autres, alors ? Pourquoi des princesses charmantes qui épousent des princes, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants et tout ça, finissent par devenir des reines méchantes ?

 

 

Et bien, mais parce qu’il faut savoir lire entre les lignes, et bien déchiffrer la fin des contes.

 

  

J’ai un collègue, Sigismond, qui connaît bien le problème. Ah oui, au fait ! Sigismond c’est le mari de Cendrillon. On oublie toujours de donner son nom dans le conte, d’ailleurs ça lui pose plein de problèmes : il ne touche pas de droits sur son histoire, ni sur son adaptation par Disney, et il ne peut même pas le faire valoir sur son CV. Il loupe pas mal de postes à cause de ça.

 

Et bien, à chaque fois qu’il nous arrive d’aller boire un coup chez Sigismond après le boulot, je réalise un peu mieux combien une princesse, ça vieillit mal.

 

 

D’abord, concernant Cendrillon, l’histoire disait bien qu’il devait l’épouser, et qu’elle était aussi bonne que belle, mais rien n’était précisé sur le fait qu’ils vivraient heureux. Et puis, ce que l’histoire ne dit pas, c’est qu’en dehors de rester bonne et belle, une princesse ça garde aussi tous ses tics de jeunesse. Pire encore, le temps les amplifie : la Cendrillon est une vraie maniaque de la poussière. Forcément, elle a passé sa jeunesse à briquer et à nettoyer les cochonneries de ses sœurs, et ne sait rien faire d’autre, alors comme elle s’ennuie toute la journée puisqu’une reine ne travaille pas plus qu’une princesse, elle passe son temps à faire briller le logis entre deux feuilletons télé. Du coup, il faut mettre des patins pour entrer dans leur salon. Et pour peu que le pauvre Sigismond revienne un peu crotté d’une chasse au dragon, ou tout simplement d’une journée à cheval, elle le fait se dépoiler sur le paillasson. Et elle l’oblige à prendre un bain hebdomadaire alors que les conventions collectives ne nous imposent qu’un bain mensuel. Il est la risée de ses voisins et de ses amis. Non, ce pauvre type n’est pas heureux.

 

 

En plus, elle n’est guère restée désirable, car si elle devait rester belle, il n’était pas précisé qu’elle se traînerait en pantoufles (fussent-elles de vair) dans leur appartement toute la journée.

 

 

Ah, parce que oui, au fait, ils sont en appartement : c’est surtout pour ça qu’on apprend aux princes à bien lire les lignes écrites en tout petit à la fin du contrat. S’il n’est pas mentionné de logement de fonction après le « ils vivront heureux » (dans le château, le palais...) bien souvent ça signifie que le logement n’est pas inclus.

 

 

Mais ! Ce n'est pas ce que disait le contrat ?!

"Ils vécurent heureux"... bah oui, mais où ?!?

 

En l’occurrence, l’histoire (que vous pouvez retrouver ici) spécifiait bien que Cendrillon avait fait loger ses sœurs au palais, mais apparemment cette cruche avait oublié de se faire mentionner un logement pour elle. Si bien que depuis de très longues années à présent, ils rament dur : avec la précarité de notre profession aujourd’hui, allez trouver un appartement pas trop cher et assez grand pour loger vos nombreux enfants... comme on est princes et pas ministres de l’économie, ça devient difficile.

 

Au moins, on est près des sanitaires, mon chéri

Attention à bien lire le logement de fonction prévu à la fin du conte pour ne pas risquer de sombrer dans la précarité

 

Aussi, votre femme a beau être belle et bonne, ben si elle est niaise, insupportable de maniaquerie et qu’à cause de sa stupidité vous êtes condamné à vivre pas forcément heureux dans un taudis avec toute une marmaille qui piaille autour de vous à longueur de journée pendant les longues périodes de chômage, forcément la rancœur s’accumule un peu. De part et d’autre, on se fait des petites remarques cyniques, on se tend de petits pièges mesquins, la belle union de votre couple finit par aller à vau-l’eau, et fatalement, si on a une petite faiblesse de caractère, due par exemple à une enfance difficile (ce qui est fréquent dans nos histoires), crac, on devient méchant.

 

  

Voilà pourquoi, il ne faut s’engager avec une jeune et belle princesse que si on est assuré qu’elle restera charmante, ce qui n’est pas chose simple à moins de s’entourer d’une armée de juristes à chaque rencontre ou à chaque délivrance de fille de roi. Ou d’écrire soi-même l’histoire, ce qui tient de l’utopie.

 

  

Mais, Allez. Gardons espoir.

 

Et que l'on croie en ces crapauds qui croassent en leurs appeaux.

 

 

Par Prince charmant en dépression - Publié dans : Journal
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