Dimanche 2 octobre 2005 7 02 /10 /Oct /2005 00:00

Le prince, c’est bien connu, arrive sur son beau cheval blanc. Enfin, en tout cas, c’est ce à quoi la princesse s’attend : c’est pathétique mais enfin c’est ainsi, elle s’est nourrie des préjugés qu’on lui a servis depuis sa plus tendre enfance, et la monture fait donc partie du package complet. Si vous arrivez mal monté, vous donnez déjà l’impression que vous n’êtes pas équipé pour faire les nombreux enfants attendus.

  

C'est à cette heure-ci que tu arrives ?!

Des méfaits de la publicité : voilà une publicité d'époque où tout est beau, tout est rond, même les moutons, et que l'on a pris pour argent comptant. Voilà comment naissent les légendes. Si ça se trouve, dans mille ans, en lisant nos magazines d'aujourd'hui, on s'imaginera que tout le monde roulait en 4x4.

 

Seulement, voilà : si on peut encore l’imaginer sans trop de mal pour un prince de campagne, en revanche pour un prince citadin, ce n’est même pas la peine d’y penser. Essayez de vous déplacer à cheval en ville ! Je vous souhaite bien du courage.

 

D’abord, les places de parking avec abreuvoir sont devenues rares. Les carrés d’herbe des squares et des jardins publics vous sont interdits, tout comme les trottoirs d’ailleurs : pour peu que la bête crottine un peu, vous devriez essuyer le regard noir des propriétaires de chiens qui ne comprendraient pas que leur animal à eux doive se tremper les coussinets dans l’eau sale des caniveaux pendant qu’un mastodonte à gros sabots lâche des kilos d’excréments dans l’herbe fraîche. Ce que c’est que la jalousie, tout de même.

 

Quant à la maréchaussée, elle est complètement dépassée : je revois encore l’hébétude de ces deux brigadiers chargés de contrôles de pollution et n’osant comprendre ce qu’ils devaient faire de leur sonde. D’ailleurs, la pollution constitue à elle seule une raison suffisante pour détruire la légende : un cheval qui reste blanc en ville, ça n’existe pas. Et pas question d’avoir recours au lavage haute pression, ces bestioles sont délicates.

 

Il nous faut donc opter pour des moyens de locomotion plus adaptés. Mais attention, pas n’importe lesquels ! Si vous êtes un prince écologiste, oubliez tout de suite vos convictions : pas possible de prêcher pour le transport en commun, un prince charmant qui arrive en bus ou en métro, fussent-il blancs, ça ne fait rêver aucune jeune fille. D’ailleurs, il faut les comprendre : on n’a aucune intimité avec son prince dans ce genre de véhicules.

Mais il vous faut aussi oublier le vélo, parce que la princesse aime son confort malgré tout, vous aurez beau lui installer des sacoches où elle pourra poser les pieds, une fois qu’elle aura sali sa robe sur le cambouis de la chaîne, ou pire, qu’elle aura pris l’eau dans une averse, votre promise va rapidement devenir chafouine (une princesse c’est comme un gremlin, surtout si ça sort du coiffeur).

  

Reste la voiture, forcément. Et alors là, enterrez définitivement vos prétentions écologistes : la mode est au 4x4, dans lequel la princesse se sent mieux protégée. Sauf une fois que vous avez fait vos nombreux enfants, et que vous pouvez franchir l’étape de la familiale à trois rangées de sièges. Là, ce sont les rêves de liberté et de grandeur qu’il faut oublier : finie la Porsche ou la Ferrari blanche qui impressionnait tant les demoiselles – et surtout les copains.

 

Bon, en même temps, la Porsche ou la Ferrari blanche, c’est pas évident non plus ; tant qu’on n’est que prince, on n’a pas encore les budgets du roi, et à chaque visite d’entretien les écuyers vous font bien sentir facture à l’appui que vous n’avez pas forcément choisi la bonne monture pour voyager loin.

 

 

Ne crottinez pas sur les pelouses, s'il vous plaît

Et en plus, je vais encore être à la bourre. Comment veux-tu lutter contre la concurrence et leurs beaux destriers.

 

Alors on se rabat sur une R11. On se console en se disant qu’au moins c’est plus facile de la trouver en blanc, et puis en plus on n’a pas peur de se la faire rayer. Mais quand même, il y a quelque chose de brisé.

 

Ah, au fait, j’ai oublié de vous parler de la princesse potentielle de la semaine. Elle s’appelait Agnès. Nous avions décidé de dîner aux chandelles dans une auberge tranquille, afin d’apprendre à nous connaître car nous venions à peine de nous rencontrer et ne savions rien l’un de l’autre. J’ai vite compris à qui j’avais à faire : le prototype même de la fille d’aujourd’hui, qui assume son célibat et revendique son indépendance, et vous met à ras de terre en trente secondes. La jeune péronnelle avait déjà tout ce dont on peut rêver, sa maison, sa voiture, un boulot qui l’accaparait mais dans lequel elle s’épanouissait, bref on se demandait un peu ce qu’on pourrait venir faire dans une vie déjà aussi établie, à part un peu de décoration.

Mais figurez-vous qu’Agnès avait surtout un cheval. Qu’elle était passionnée d’équitation. Qu’elle le montait régulièrement. Et qu’elle avait sa façon bien à elle de concevoir le rapport avec sa monture : "tu comprends, le cheval il doit tout de suite comprendre qui est le maître. Si tu ne le domines pas d’entrée, c’est lui qui te dominera. Alors, il faut que tu le mâtes dès le premier contact. Ça marche comme ça."

  

Je ne sais pas pourquoi, je me suis tout de suite vu à la place du cheval. J’ai pris mes jambes à mon cou (ou mes pattes à mon encolure, je ne sais plus). La princesse de la semaine a donc elle aussi raté sa potentialité.

  

Enfin. Que malgré tout l’on croie en ces crapauds qui croassent en leurs appeaux.

 

 

Par Prince charmant en dépression - Publié dans : Journal
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